Histoire du couteau Laguiole

Le club rassemble des informations sur la coutellerie grâce à la participation des passionnés des lames.Si vous voulez nous faire part d'un sujet qui vous tient à coeur, N'hésitez pas à nous écrire.
le club laguiole

1) A l’origine

La coutellerie est apparue à Laguiole à la fin du XVIII° siècle. 
Elle acquiert une certaine réputation à partir de 1860. 
Le village compte 5 fabricants. 
On retrouve les noms de Pages, Calmels, Mas et Gleize. 
Les couteaux réalisés à Laguiole ont une allure générale très proche du modèle Yssingeaux. Le couteau présenté ci-dessous est en quelque sorte l'ancêtre du couteau Laguiole que nous connaissons aujourd'hui.

ancien modèle de couteau laguiole
                            Couteau Laguiole de collection. 
Manche constitué par l'extrémité d'une défense en ivoire très blanc. 
                                     Fabriqué vers 1950.

Ce nouveau couteau aux formes élégantes ne s’appelle donc pas encore Laguiole mais il connait un succès croissant.
Le succès est tel que, les couteliers locaux n'arrivent pas à répondre à la demande. Ces derniers font donc rapidement appel aux ateliers de Thiers
Thiers a déjà à l’époque une réputation d’excellence en coutellerie. La ville livre dès le 16ème siècle une grande quantité de couteaux fermants. La qualité thiernoise est reconnue pour ses méthodes de travail moderne.

Les ouvriers thiernois fabriquent donc rapidement des couteaux aux marques des couteliers de Laguiole.
Les aveyronnais sont imaginatifs et créatifs. Ils décident donc d’orner leurs couteaux de fleurs ou de divers insignes là où nous retrouvons aujourd’hui la fameuse abeille.
Ces fleurs ou ces insignes étaient d’ailleurs souvent une façon de retrouver les marques des couteliers de l’époque.

2) D’ailleurs mouche ou abeille ?



1909 est une année importante dans l’histoire du Laguiole. C’est cette année que Jules Calmels eu l’idée d’apposer une abeille sur le ressort.


Il existe une sympathique légende selon laquelle Napoléon aurait autorisé les couteliers aveyronnais  à utiliser l’abeille comme motif en signe de leur bravoure au combat. La réalité est simplement une raison  esthétique.
Même si l'abeille est un insecte bien plus sympathique que la mouche, la mouche est un terme technique de coutellerie désignant la partie écrasée en bout du ressort. C’est l’extrémité avant du ressort. Cette partie peut d’ailleurs être autre chose qu’une abeille. On apposait auparavant des fleurs comme vu précédemment.
Mais c’est bien l’aveyronnais Jules Calmel qui fut le premier à apposer une abeille sur la mouche.
Ce dernier ne breveta pas cette idée. Il était de toute façon trop tard et sans intérêt de breveter le couteau dans la mesure ou existait déjà une multitude de couteliers à Laguiole et à Thiers qui fabriquaient des Laguiole avec des fleurs, des animaux ou autres insigne sur le ressort.

La demande fut croissante jusque à la période de l’après deuxième guerre.
Il y eu une période de flottement entre 1950 et 1980. Les fabricants recherchaient plutôt le prix au détriment de la qualité. L’engouement du couteau Laguiole connu donc une pause.



3) L’histoire plus récente

En 1987, les aveyronnais avec l'aide des thiernois réimplantent une fabrique de couteaux à Laguiole.
Le designer français Philippe Starck le redessine en lui attribuant une lame effilée du style Yatagan.
On soigne alors à nouveau la fabrication et le couteau redevient au gout du jour. Le couteau a même sa légende.
La croix qui orne le manche aiderait les bergers isolés dans les burons à faire leur prière.

Le succès appelle alors les convoitises.
La ville de laguiole revendique alors la fabrication exclusive de ce couteau sur sa localité. Bien entendu Thiers résiste. Les thiernois ont contribué à la conservation et au développement du modèle depuis presque 200 ans. Il est donc inconcevable d’accepter cela.
Un ennemi commun rapprochera  les 2 villes : Gilbert Szajner
Cet entrepreneur du val de Marne eu l’idée de déposer la marque Laguiole en 1993 et d’importer des couteaux fabriqués en Chine.
Il existe d’ailleurs actuellement sur le marché français plus de couteaux de fabrication asiatique que de couteaux français.

Un feuilleton judiciaire commença alors et la justice finit par trancher:
Laguiole n'est pas une marque. Le nom d'une ville ne peut pas être protégé juridiquement. Laguiole devint donc un nom commun. On peut ainsi dire « passe-moi le couteau » comme « passe-moi le laguiole »
Malheureusement donc rien n’empêche aujourd’hui l’importation de couteaux fabriqués en Asie  sur le sol français.
En revanche il est possible de veiller sur sa provenance.
Cette indication ne figure pas encore sur la lame mais vous pouvez exiger un certificat d’origine ou une garantie lorsque vous acheter votre couteau.


Un projet d’Indication Géograpique Protégé est en cours (IGP). Ce projet a pour but de délimiter un territoire de fabrication à l’instar de ce qui existe pour l’alimentaire. Ce territoire serait composé de la ville de Laguiole et de la ville de Thiers.
Cette IGP permettrait de se protéger contre les importations asiatiques massives. Elle offrirait  également la possibilité de rassembler les 2 territoires de fabrication.

L’histoire du couteau Laguiole n’est donc pas terminée !